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VIRTUOSE... Gabin Rehabi, picador, un statut complexe à porter!

 

Dimanche 20 mai , 11 heures à Vic Fezensac Corrida Concours de la feria 2018.

Nous attendons tous le toro Aviador de Los Manos et le picador Gabin Rehabi en sixième position. Après un très bon début avec Olivito de la ganaderia La Quinta, son maestro Lopez Chaves et son picador Oscar Bernal, nous avons déchanté avec les quatre autres toros présentés.Nous commencions à douter aussi de l'engagement  de Tomas Campos après sa lidia déplorable du Toro de remplacement de Charlotte Yonnet.

Bref, nous arrivions tous comme des morts de faim à la sortie du toro de la ganaderia Los Maños, en se disant tout bas, il va se passer quelque chose ! Enfin.

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 La Reseña de Toro Bravo, site de Patrick Colleoni résume bien le résultat de la lidia de sixième toro: "

"Aviador, n° 32, de Los Maños, né en avril 2014, cardeno.
Matador : Tomas Campos.
Picador : Gabin Rehabi monté sur Asq.

Après quelques véroniques et demie, le bicho fut piqué à trois reprises par Gabin, applaudi à son entrée et sifflé à sa sortie pour avoir piqué par trois fois sans grand brio, enfermant le bicho à la première rencontre, puis pompant sur le fer à la seconde placée en arrière. Au dernier tiers, Aviador manifesta le même comportement que ses frères de la veille, compliquant la tâche du garçon peut-être un peu vert pour ce genre d’exercice. Quelques muletazos arrachés sur les deux bords, puis des difficultés avec la rapière en quatre assauts pour une lame basse au final qui dut être complétée par deux descabellos. Silence."

 

Je pourrais ajouter celle de Corrida France écrite par Thierry Reboul :

"Tous les espoirs du public et des organisateurs reposent sur Aviador de Los Maños, élevage vainqueur des deux précédentes éditions. Le toro est bien présenté. Il est très mal lidié et piqué au premier tiers ce qui provoque la colère du public. Les nombreux capotazos au second tiers achèvent de décomposer un toro juste de caste. Tomas Campos, dépassé au premier tiers, manque de sens de la lidia au troisième. Il n’arrive pas à se colloquer avec le toro et à lui tirer les quelques muletazos que son fond de noblesse permettait. L’édition 2018 du concours vicois s’achève sur une mise à mort laborieuse reflet du faible niveau d’une course qui est à vite oublier."

Je voudrais bien vous faire lire la page de Zocato ou celle de Jean Michel Dussol dans Sud Ouest et la Dépêche, mais je n'ai pas pu garder les journaux et je voulais partager avec vous ces textes dans l'intégralité de la description de la lidia de ce toro.

Que s'est 'il passé pour nous soyons privés de dessert ! Comme des enfants, nous attendions le champion Gabin Rehabi, le virtuose, qui ,a lui seul, peut récupérer et grandir bien des situations difficiles pour son matador, pour le public, pour la beauté de la Corrida.

Virtuose : définition du Larousse : Instrumentiste capable de résoudre, avec aisance, les plus grandes difficultés techniques. Personne extrêmement habile dans un art, une technique, une activité : Un virtuose du pinceau.

 

Depuis  treize ans, nous nous sommes pris au jeu tant ses talents de picador et de cavalier nous subjuguaient! Pour nous, cela n'est pas grave, nous sommes spectateurs, mais pour lui, c'est un fardeau supplémentaire à porter dans un spectacle où il n'est pas la vedette , où son travail "piquer le toro" permet à un autre, le matador de triompher et avec lequel, il entretient un lien de subordination. en étant son subalterne rémunéré.

 

Nous comprenons cette réalité délicate en corrida formelle et nous admettons parfois à l'encontre de nos convictions toristas (amoureux du toro et de son combat) que le toro soit très peu piqué compte tenu des forces qui doivent être conservées pour le troisième tiers, voir aussi pour le deuxième quand le maestro pose les bâtonnets. Et parfois diminuées gravement pour faciliter le troisième tiers.

 

Mais en corrida concours ( de plus en plus rares d'ailleurs), nous accordons une place particulière aux picadors en leur attribuant un prix, Vic donne même un prix supplémentaire à la meilleure brega qui implique les banderilleros. C'est mettre en exergue ce que nous oublions parfois LE TRAVAIL D'EQUIPE de la cuadrilla en faveur du Torero et surtout dans l'accomplissement de son contrat : lidier et tuer le Toro. Un univers de compagnons !

 

Personnellement, j'aimerai que toutes les corridas soient organisées comme les concours pour la mise en valeur des qualités du Toro. Et permettent de récompenser ainsi le travail de tous. 

 

Que s'est'il passé dimanche matin pour que notre virtuose Gabin réduise les difficultés par le bas ? Pique de côté au premier assaut, qu'il rectifié en place tout de suite, pompage à la deuxième, meilleure la troisième (photo ci-dessous), pour qu'il ferme la sortie en appuyant sur les rênes vers l'intérieur sur le toro...

 

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Plusieurs points que je voudrais partager avec vous :

Faire de Gabin Rehabi, le champion de Vic, le picador de Vic, c'est bien pour les organisateurs, pour les aficionados , pour le premier tiers, pour l'éducation du public néophyte, mais est ce bien pour lui ? Et pour son art de piquer ? Et pour son avenir?

Imposer Gabin à l'un des maestros qui sera au cartel, est ce une bonne chose pour la lidia du toro qui suppose un travail d'équipe ? Équipe composée de personnes qui se connaissent et qui, par leur expérience professionnelle, font des suppositions sur le comportement des toros à lidier. L’ensemble de l'équipe du jour peut avoir mis au point une stratégie pour combattre qui ne sera pas forcément dans le sens de celle souhaitée par les organisateurs ou le piquero de la Plaza …et les aficionados .

Imposer Gabin, c'est bien pour nous, pour lui, pour la lidia à cheval du toro dans la mesure où il peut résoudre les difficultés par le haut, en faisant "briller" le toro, comme on dit en Camargue. En mettant aussi en lumière le dressage et les qualités des chevaux de la cuadra engagée.et donc préparer le toro pour son maestro.

Imposer Gabin , c'est avoir la surprise de le voir réduire le toro avec la manière, si son maestro l'y autorise, mais aussi, il peut lui arriver de devoir obéir aux ordres que je ne commenterai pas , mais nous ne sommes pas naïfs.

Imposer Gabin, c'est faire augmenter le risque que nous le voyons de moins en moins, le risque de l'empêcher de rejoindre une cuadrilla , et d'avoir la chance de travailler pour un maestro . En espérant qu'il tombe sur un torero aussi aficionado "a los toros" que lui et nous , pour vivre ensemble de grands tiers de piques pour des toros braves.

Les cris «  Allez Gabin » à la sortie de chaque picador, m'exaspèrent au plus haut point, c'est galvauder une noble profession et créer une gêne dans la confraternité qui l'habite.

Non Gabin , ne pique pas pour lui. Vous n'avez jamais discuté de toros ou d'aficion avec lui. Il est très pédagogue et extrêmement professionnel dans ses jugements. Comme le disait, le regretté Jacques Monnier : 'Il n'y a que le picador qui sait ce qu'il reçoit dans le bras » lors de la charge du toro et qui sait ce qu'il convient de faire en accord avec son maestro. Le public est libre d'apprécier ou de manifester!

Le maestro et chef de lidia Domingo Lopez Chaves, en le raccompagnant Dimanche matin à la porte du patio de caballos, lui a dit : «  Gabin, c'est pas grave, tu es un grand professionnel, un grand piquero, Moi j'ai failli avec les aciers, ce n'est que partie remise, on continue, on avance ".

Gabin a travaillé pour son maestro, mais comme nous l'avons constaté le maestro en question, n'a pas utilisé le travail fait par son piquero !

En voulant Gabin dans les ferias toristas, dans les corrida concours , en donnant des arguments maladroits pour le mettre en avant, nous sommes sans le savoir ceux qui font que sa profession ne le comprend pas et même responsables du fait qu'il n’intègre pas les courses ou les cuadrillas à qui il apporterait beaucoup. Cela l'aiderait sans doute à moins essayer de se justifier sans cesse, ce qui quelquefois lui nuit.

On sait tous que ce milieu est complexe : jalousie, dinero, chasses gardées, mais de grands piqueros ,tout aussi virtuoses et complexes que Gabin (Efren Acosta, Anderson Murillo, Tito Sandoval, Juan Jose Esquivel, Aurelio Garcia, André Floutier "Fritero", Jacques Monnier et tant d'autres de toutes les générations) ont su jouer la partition souhaitée par leurs maestros et quand ils le pouvaient, nous faire plaisir en nous montrant les toros sans les détruire.

Je te souhaite Gabin d'être compris, que tu ne sois pas toujours obligé de te défendre, et de nous expliquer ce qui ne va pas. Le monde est ainsi fait. Ce n'est pas toujours grandiose, mais c'est humain.

 

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J'attends très fort et avec impatience le retour du novillero Maxime Solera qui a la même aficion que toi et avec qui, tu pourras trouver la bonne interprétation des partitions qui vous attendent.

Avec Aficion et Respect pour tous vos sacrifices pour atteindre ce niveau.

Gabin Rehabi est un virtuose, pas un soliste!

Evelyne Lanfranchi Monleau

 

jeudi 24 mai 2018